Ca y est,
un retour sur ce blog où commençaient à s'installer quelques araignées,
"je le tente".
Pour commencer, une petite vidéo saisie lors de l'anti-spectacle autour de l'oeuvre de Guy
Debord, "Le dernier des dériveurs" de Jean Michel Potiron le 31 mai 2009 aux Bruyères Aérées.
Amateurs de théâtre à domicile, vous pouvez aussi revoir des extraits de "Et donc je m'acharne" de Stéphane Keruel
(cliquez sur "Et donc je
m'acharne").
Pourquoi pas le tenter chez vous ? Ces deux affreux jouent aux quatre coins de la France pour
un cachet tout à fait abordable Si vous me le demandez, je vous donnerai les coordonnées du "Théâtre à tout prix".
Ensuite pour compléter cet article, un émile du poète Michel Gendarme du début du mois qui m'annonçait la disparition d'Augusto Boal. Si vous voulez voir les ravages que Michel fait subir à notre
langue, reportez-vous à mon article "Gendarme et taquiner" de janvier dernier (cliquez sur...
Bizoux Jean
Bon, la vidéo.. c'est filmé à la Guy Debord avec gros-plan sur le genou de Chantal Popelin et je suis à peu près certain que quelques secondes vous suffiront. Vous ne le méritez pas mais je vous en
mets tout de même une deuxième pour le même prix (je vous assure que Jean Michel va très bien) :
Sortie avec le dernier des dériveurs tentée aux Bruyères Aérées le 31 mai 2009
----- Original Message -----
Sent: Tuesday, June 02, 2009 2:32 PM
Subject: Augusto Boal
Sans doute n’est-il guère de praticiens du théâtre-éducation qui ignorent aujourd’hui le nom d’Augusto Boal et qui ne sachent leur dette vis à vis de ce
formateur remarquable qui a su faire partager et pratiquer, aux jeunes et aux moins jeunes, aux amateurs comme aux professionnels, le théâtre comme une arme mais aussi comme une fête, et pour
tous comme un moyen de dire et d’exprimer conflits et sentiments personnels, autant que crises et effervescences collectives.
Les tout premiers pas que j’ai fait dans une « pratique théâtrale », ce fut au moyen de sa « méthode » et de ses exercices – parfois abusivement réduits à une technique un peu facile et vidée de
ses finalités.
Théâtre de l’opprimé, Jeux pour acteurs et non acteurs sont devenus des classiques en matière de formation, et notamment dans le travail théâtral avec des jeunes. Je ne peux que vous conseiller
de les lire, si ce n’est déjà fait, ou de les redécouvrir : ils sont toujours d’actualité.
Pour parler de l’homme qui vient de nous quitter, le mieux était de laisser la parole à Jean-Gabriel Carasso : son témoignage, nourri de la relation personnelle qu’il avait avec Augusto Boal sera
aussi l’hommage de l’ANRAT à un homme de qualité.
Jean-Pierre Loriol
"Tout le monde peut faire du théâtre, même les acteurs. On peut faire du théâtre partout, même dans les théâtres!"
"Nous devons, très cordialement, rappeler à nos présidents que la politique n’est pas l’art de faire ce qu’il est possible de faire, mais l’art de rendre possible ce qu’il est nécessaire de
faire !"
"Marcher n’est pas facile ! Les sociétés bougent par le rapport de forces et non par le bon sens et la justice. Nous devons avancer et, à chaque pas, avancer plus dans la tentative
d’humaniser l’humanité. Il n’existe pas de port sûr dans ce monde, parce que tous les ports sont en haute mer et notre navire a un gouvernail, mais pas d’ancres. Il faut naviguer, et plus encore
il faut vivre, parce que naviguer, c’est vivre, vivre, c’est naviguer !"
Augusto Boal
Le 2 mai 2009
Augusto Boal, humaniste, militant, homme de théâtre, est mort hier à Rio de Janeiro. D’autres diront le parcours exceptionnel de cet ingénieur chimiste devenu homme de
théâtre, praticien et théoricien du « Théâtre de l’Opprimé » au Brésil avant d’envahir le monde. On racontera l’influence du Théâtre Arena dans les années 60, avant que la dictature brésilienne
et la torture ne le poussent à l’exil en Argentine, puis en Europe, avant son retour à Rio dans les années 80. On analysera l'importance majeure de son "système" (pensée et pratique) théâtral,
élément singulier du théâtre de ce dernier demi-siècle, dans sa dimension citoyenne et politique...
Mais à cet instant d’émotion, c’est un témoignage personnel qu’il me faut livrer, en guise d’hommage et d’adieu. J’ai rencontré Augusto Boal au début des années 70 à Paris, lors de la
présentation de son livre Théâtre de l’Opprimé, aujourd’hui traduit dans le monde entier, et de sa décision de former en France un groupe de recherche sur ce que nous nommions alors les «
techniques actives d’expression ». De 1978 à 1985, avec quelques amis, nous avons fondé à ses côtés à Paris le «groupe Boal, Théâtre de l’Opprimé», réalisé en France de très nombreux stages de
formation, des rencontres, des spectacles, mené plusieurs voyages à travers le monde, expérimenté les formes les plus diverses de «théâtre forum», du «théâtre image», du «théâtre invisible»… Dans
des salles de classe, des églises désaffectées, des réunions militantes et jusqu’au Théâtre du Soleil, nous avons inventé, expérimenté, osé avec lui des aventures inouïes, aux limites du «
théâtre », invitant le spectateur à devenir acteur, brisant le mur traditionnel de la scène et de la salle, mettant en place les cadres d’une parole libérée…
Je me souviens du premier Congrès du Syndicat de la magistrature et de ce «théâtre forum» qui modifia l’élection du Bureau ; je me souviens de ces travailleurs maliens jouant dans une cave de
Mantes-la-Jolie ; je me souviens des premiers «spectacles-forums» à la Villette et de notre débat avec Bernard Dort sur les mérites comparés de Boal et de Bertolt Brecht ; je me souviens du
«Fools Festival» au Danemark et de ce spectacle en gromelots ; je me souviens de l’accueil par Ariane Mnouchkine au Théâtre du Soleil, des premières rencontres internationales du théâtre de
l’opprimé ; je me souviens du «théâtre-image» dans le métro parisien ; je me souviens du stage surréaliste avec les jeunes comédiens à Hammamet en Tunisie ; je me souviens des voyages en Suisse,
au Québec, à l’Ile de la Réunion… ; je me souviens de la tournée au Brésil, du retour de Boal au pays après ses années d’exil avec des comédiens français, de ces séances extraordinaires à Rio, à
Sao Paolo, à Recife (et de l’appel de Don Helder Camara pour que les gens viennent assister au spectacle dans l’église !) ; je me souviens de l'émotion considérable des "spectacteurs" de
Montréal, de l'Ile de la Réunion, de la Chaux de Fonds... ; je me souviens du premier festival francophone de théâtre forum - Francoforum - que nous avions organisé à Ouagadougou, quelques mois à
peine après la chute du mur de Berlin, et de sa découverte de la réalité africaine...
Nous avions rêvé alors d’un développement massif de ces pratiques à travers le monde, d’un mouvement théâtral international qui reprendrait, sans que cela ne devienne un dogme, les idées et les
propositions de cette utilisation du théâtre comme outil d’expression, de dialogue et de lutte contre toutes les formes d’oppression. Trente années plus tard, nous y sommes ! Aux quatre
coins du monde, sur des territoires et dans des contextes très différents, dans des perspectives d’éducation, de travail social, de travail thérapeutique, d’action politique… le «théâtre de
l’opprimé» est désormais utilisé, revendiqué, réinventé par d’innombrables groupes et individus. Je pense à mes amis français d’Entrée de jeu, à mes camarades africains de l’Atelier théâtre
Burkinabé de Ouagadougou, je pense à ceux du Québec, aux Belges, aux milliers d'Indiens… et à tous les autres qui travaillent à travers le monde en référence à ces principes.
Pour Augusto Boal, la vie fut un combat sans cesse recommencé, sans cesse enrichi d'innovations et de pistes nouvelles à explorer. Profondément marqué par l'oppression subie à l'époque de la
dictature brésilienne, toujours fidèle à ses camarades morts dans les combats de la résistance - il en pleurait encore devant moi il y a quelques semaines, évoquant un ami argentin- il n'a cessé
de parcourir le monde, pour former, informer, s'informer, initier et soutenir les luttes contre toutes les oppressions. Par son apport, à la fois pratique et théorique, poétique autant que
politique, résolument humaniste et militant, Augusto Boal aura su mobiliser d’innombrables énergies, au service de la libération des hommes (et des femmes).
Il restera comme l'une des figures internationales marquantes du théâtre de notre époque, mais plus largement du combat pour l'humanité du monde. Il avait été proposé l'année dernière pour un
prix Nobel. Il venait d'être nommé "Ambasadeur mondial du théâtre" pour l'Amérique latine par l'Institut international du théâtre de l'Unesco et avait rédigé, il y a quelques semaines, le message
de l'UNESCO pour la journée mondiale du théâtre qu'il avait lu, lui-même, à Paris. Ce fut donc son dernier voyage. Et notre dernière rencontre, amicale, chaleureuse, émouvante. Il aura changé la
vie de nombre d’entre nous. Il aura changé ma vie ! Merci et fraternité !
Jean-Gabriel Carasso
Par Jean
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Publié dans : Humeurs poétiques
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