Ça y est le mystère a été levé il y a déjà un bon moment (lundi 13) mais, ingrat, je n'avais pas encore pris le temps de vous le signaler. Pour Noël donc (ce sera mon seul cadeau (je déteste Noël (Grrr))), je peux vous révéler que la belle énamourée qui a failli provoquer mon éjection des Bruyères s'appelle.. Xavier. oui, vous comprenez ma déception. Mais si l'on regarde la chose sous l'angle de la stabilité des ménages, la poésie aura pour une fois maintenu la paix sociale. Mais Xavier est un ami de.. holala.. 30 ans. ! Lycéen et moi pion, je lui prétais ma chambre à l'internat pour qu'il puisse faire tranquillement ses devoirs avec la petite Corinne le mercredi après-midi (maintenant pour ça, je me retrouverais certainement au tribunal!). Depuis on ne se voit pas souvent mais tout de même, toujours fidèle avec beaucoup d'échanges et de partages : musiques, lectures, vins (oui, c'est un amateur de bons vins; un ami, je vous dis!). A une époque tourmentée, il a même "connu" beaucoup de mes amies ! Bon, maintenant, Xavier, quantesse que je t'embrasse et qu'on se le fait ce petit ciné ?
Comme c'est la première fois, je salue les nombreux commentateurs de cet article. C'est certainement que me voyant en
grande détresse, vous avez voulu compatir. C'est ça les amis ! (non non, ne m'envoyez pas les films sur Pessoa, je les ai déjà).
Denis qui en connaît un rayon sur la Maison des Artistes et qui m'aide à retrouver le chemin de la légalité, Sylvie qui pleure dans son thé, Florence et son néologisme limite (Chantal qui a déjà le mérite de me supporter a tiqué!), Diane, une chouette poétesse rebelle, qui en remet une couche avec Stéphane Hessel (j'ai déjà distribué 4 ou 5 "Indignez-vous!") et Jackez N’Guéméné Faou dont je n'ai pu suivre qu'une partie des conseils (faudra que tu m'expliques le petit b).
Pour finir, un petit hommage à un ami poète. Comment ? Vous ne connaissez pas "Les radis bleus" de Pierre Autin Grenier !!? (Folio ISBN n°9782070315024)
Bizoux
Reçu mercredi 8 décembre par la Poste un coffret avec deux films consacrés à l'un de mes poètes préférés, Fernando Pessoa. Le petit souci est que l'auteur de cet aimable présent a signé un billet d'accompagnement très chaleureux d'un "Qui suis-je ?" plutôt court. Et le vouvoiement n'empêche pas que votre serviteur soit l'unique destinataire postal de ce mystérieux présent. Alors vous voyez d'ici mon embarras quand ma Chantal adorée, lassée de mes frasques sentimentales, a tout de suite imaginé l'admiratrice amoureuse de son Jeannot voulant se rappeler à son bon souvenir. Alors maintenant, si vous ne voulez pas que j'aille battre ma terre et cuire mes poteries sous les ponts de la Loire avant la fin de l'hiver, il va me falloir savoir de quelle frissonnante énamourée repousser les avances.. ou quel ami(e) maladroit(e) sermonner avant de le(a) prendre dans mes bras avant d'organiser une petite soirée projection DVD.
Pour saluer l'événement, je vous ai choisi ci-dessous un petit extrait sensible du "livre de l'intranquillité" plus trop de saison. Un choix qui va surprendre tout ceux qui ne m'imaginent qu'en rebelle potentiellement poseur de bombes (pourtant oui, ce n'est pas l'envie qui manque!)..
Bizoux
Fernando Pessoa par Almada Negreiros
16
Aujourd'hui, au cours de l'une de ces rêverie sans but ni dignité qui constituent une bonne partie de la substance spirituelle de ma vie, je me suis imaginé libéré à tout jamais de la rue des Douradores, du patron Vasquès, du comptable Moreira et des employés au grand complet, du coursier, du groom et du chat. J'éprouvai en rêve cette libération, comme si toutes les mers du Sud m'avaient offert des îles merveilleuses à découvrir. A moi alors le repos, l'épanouissement dans l'art, l'accomplissement intellectuel de tout mon âge.
Mais soudain, et dans le décours même de cette rêverie - qui se déroulait dans un café, durant la modeste pause du déjeuner -, voici qu'une impression de malaise vint m'assaillir jusque dans ce monde imaginaire : je sentis que j'aurais de la peine. Oui, je le dis en un mot comme en cent : j'aurais de la peine. Le patron Vasquès, le comptable Moreira, le caissier Borges, tous les braves garçons qui m'entourent, le petit groom qui porte si joyeusement le courrier à la boîte, le coursier bon à tout faire et le chat si affectueux - tout cela est devenu une partie de ma vie ; je ne pourrais l'abandonner sans pleurer, sans comprendre que ce petit monde, si mauvais qu'il m'ait paru, était une partie de moi-même et qu'elle demeurait avec eux ; que m’en séparer représentait la moitié et l'image de la mort.
D'ailleurs, si demain je les quittais tous, si je me dépouillais de cet uniforme de la rue des Douradores - à quoi d'autre me raccrocherais-je (car il est sûr que je me raccrocherais à quelque chose), quel autre uniforme irais-je revêtir (car il est sûr que j'en revêtirais un) ?
Nous avons tous notre patron Vasquès, visible pour certains, invisible pour d'autres. En ce qui me concerne, il s'appelle réellement Vasquès, c'est un homme sain, agréable, parfois brusque mais sans arrière-pensées, intéressé mais juste, en somme, et doué d’un sens de la justice qui fait défaut à bon nombre de grands génies et autres merveilles de la civilisation humaine, de droite ou de gauche. Pour d'autres ce peut être la vanité, le désir insatiable de richesses, la gloire, l'immortalité. Je préfère encore un Vasquès bien humain, comme mon patron, plus accessible, dans les moments difficiles, que tous les patrons abstraits du monde.
Estimant que je gagnais trop peu, un de mes amis, membre d'une société prospère grâce à ses relations avec l'État, me dit l'autre jour : " Vous êtes exploité, mon vieux. " Ce mot m'a rappelé que je le suis, en effet ; mais comme nous devons tous être exploités dans la vie, je me demande s'il ne vaut pas mieux être exploité par ce Vasquès, marchand de tissus, que par la vanité, la gloire, le dépit, l’envie... ou l'impossible.
II y a ceux que Dieu lui-même exploite, et ce sont les prophètes et les saints dans le vide immense de ce monde.
Et je me réfugie, comme d'autres le font dans leur foyer, dans cette maison étrangère, ce vaste bureau de la rue des Douradores. Je me retranche derrière ma table comme derrière un rempart contre la vie. J'éprouve de la tendresse jusqu'aux larmes pour ces registres, à la fois miens et d'autrui, où je passe mes écritures, pour le vieil encrier que j'utilise et pour le dos penché de Sergio, qui dresse des bordereaux un peu plus loin. Je ressens de l'amour pour toutes ces choses peut-être parce que je n'ai rien d'autre à aimer - peut-être aussi parce qu'il n'est rien qui mérite l'amour d'une âme humaine ; et cet amour, si nous voulons à toute force le donner, par besoin affectif- alors autant le donner à la chétive apparence de mon encrier qu'à la vaste indifférence des étoiles.
Fernado Pessoa
Le livre de l'intranquillité
Curieux tout de même de savoir combien sont encore capables de lire ce genre d'horrible chose jusqu'au bout; aussi ce serait vraiment sympa de me laisser un commentaire. Si vous ne voulez pas écrire un roman, vous pouvez juste mettre +1, +2, etc.. Tiens je commence...
Les justiciers
s'estompent. Voici les cupides tournant le dos aux Bruyères Aérées. René Char

